Au sujet de M. Battisti
par Jean-Pierre Villeléger
01.01.11
Un nombre élevé de lecteurs se sont réjouis du refus des autorités brésiliennes d'extrader M. Battisti vers l'Italie. Ces réactions ne laissent pas d'étonner. À tous ceux qui ont la mémoire courte, je voudrais rappeler ici que dans les années 1970-1980 l'Europe fut confrontée aux actions de plusieurs groupes terroristes, dits d'extrême-gauche, dont les plus tristement célèbres étaient «Action Directe» en France, «la Fraction Armée Rouge» en Allemagne et «les Brigades Rouges» en Italie. Très violents, ces groupes commirent des hold-ups, des attentats et des assassinats : Aldo Moro, Hans-Martin Schleyer, Georges Besse et René Audran figurent parmi leurs victimes les plus connues. Ces groupes avaient en commun de justifier leurs crimes par un verbiage marxiste extrémiste. Arrêtés, leurs membres furent tous condamnés à de lourdes peines de prison que certains purgent encore aujourd'hui, notamment en France. M. Battisti appartenait à l'un de ces groupes appelé «Prolétaires Armés pour le Communisme». Il fut à son tour arrêté et condamné par la justice italienne.
À partir des années 80, l'Europe, et surtout la France, eut aussi à subir le terrorisme islamiste : bombes dans les magasins, le métro et le RER notamment. On se souvient en particulier de la série d'attentats commis à Paris en 1995 par le GIA. Un de ses organisateurs, M. Rachid Ramda, trouva refuge en Angleterre où il fut placé en situation d'arrestation et put séjourner pendant 10 ans. Aux demandes d'extradition que le gouvernement français présenta à plusieurs reprises, les autorités britanniques opposèrent un refus qu'elles motivaient par « la crainte que les droits de l'accusé ne soient pas respectés et qu'il n'ait pas un procès équitable en France... ». Pendant cette période où les Anglais firent preuve d'un laxisme qui étonne aujourd'hui, Londres devint la capitale européenne des groupes islamistes et fut surnommé «Londonistan». Pour nos voisins d'outre-manche, le réveil fut brutal : les attentats de juillet 2005 dans les transports publics londoniens les rappelèrent à la réalité ; de sévères mesures furent prises pour lutter contre le terrorisme et M. Ramda fut enfin extradé vers la France à l'automne 2005. Il fut jugé à Paris et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
J'imagine que les lecteurs qui se réjouissent aujourd'hui du refus brésilien d'extrader M. Battisti vers l'Italie s'insurgeaient hier contre le refus britannique d'extrader M. Ramda vers la France. Pourtant, je ne vois pas de différence de nature entre les groupes terroristes purement européens comme Action Directe, la Fraction Armée Rouge ou les Brigades Rouges et les groupes terroristes islamistes comme le GIA ou Al Qaïda: leurs actes consistent dans tous les cas à assassiner des gens. Ils ne diffèrent que par le langage utilisé pour justifier leurs crimes : discours marxiste (ou pseudo-marxiste) d'un côté, discours islamiste de l'autre.
L'Italie, comme la France, est un état de droit où la peine de mort est abolie. Il me semble que nous ne sommes pas plus fondés à contester les décisions de la justice italienne que les autorités britanniques n'étaient fondées à refuser d'extrader M. Ramda, comme elles le firent de 1995 à 2005. C'est bien le sens de la décision de la Cour d'Appel de Paris qui fit droit en 2004 à une nouvelle demande italienne d'extradition de M. Battisti, provoquant ainsi sa fuite vers le Brésil.
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